Patrimoine

Le pujau et les pujolets de l’Eyrotte au Teich

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce nom vient de « castellare » (en bas-latin : camp ou ouvrage fortifié). Le plus célèbre est le Castéra de Lamothe-de-Buch ou du Teich, situé sur la route entre Facture et le pont de l’Eyre, sur la droite après le premier petit pont de l’Eyga. Le château féodal qui y fut construit au moyen âge abrita les seigneurs de Lamothe et les captaux de Buch (ces derniers s’installèrent ensuite au XIVe siècle à La Teste-de-Buch). Haute de 10 mètres, cette « butte » avec basse-cour et double fossé dominait la cité de Boios, capitale gallo-romaine du pays de Buch et première résidence du captal de Buch (captalis Boiorum). Elle protégeait notamment son port intérieur, formé dans le bassin aux eaux stagnantes que l’on appelle l’Eyga et qui communiquait alors par le ruisseau d’Ameyre avec l’Eyre par un « goulet » et un « culet ». Des monnaies romaines du bas Empire ont été trouvées au sommet de la butte. Au moyen âge une tour s’y élevait, mais elle fut démolie à la fin du XVIIIe siècle.

 

A Audenge, à l’embouchure de l’Eyre, il existait un castéra, qui fut nivelé, avec fossé circulaire à moitié visible de nos jours. C’est le marquis de Durfort de Civrac, seigneur de Certes, qui, pour construire son nouveau château d’Audenge, fit démolir celui de Lamothe dont il était aussi seigneur.

 

Un castéra se dresse sur la commune de Mios, près de la station de la Saye, sur la rive droite de l’Eyre, en bas de la station préhistorique du Bourdiou. Cette petite butte artificielle qui défend l’entrée de l’ancien petit port formé par l’embouchure de la Saye est actuellement perdue dans les broussailles.

 

En remontant l’Eyre, on trouve le Castéra de Salles, antique Salomacum (marché de sel) et ancien château fort, près de l’église. Elevé pendant la guerre de Cent ans, ce fort défendait un ancien port formé par l’embouchure du ruisseau de Camelave. Il fut pris d’assaut par les anglais (première moitié du XVe siècle), puis repris et démantelé par les français. Il en reste la Maison du Castéra, bâtie sur ses fondements.
Plus au Sud, sur la rive gauche de l’Eyre, au « Vieux-Lugo, il y a au Sud-Est de la vieille église une butte avec traces de fossé, dominant un bassin de plan losange communiquant avec l’Eyre les jours d’inondation. L’ouvrage défendait vraisemblablement un ancien petit port (confirmé par vues aériennes).
A Belin, là où la route romaine de Bordeaux par Le Barp passait l’Eyre, on peut voir la butte du château de la reine Aliénor d’Aquitaine, dominant un ancien méandre asséché de l’Eyre qui formait naturellement un port défendu par deux buttes, dont l’une conserve encore des créneaux en terre.
Plus en amont, toujours sur l’Eyre, la commune de Biganon (Landes) possède un lieu-dit « Castra », sur un promontoire, et à Saugnac (et Muret), une butte dite les « Trois-Castra » domine un petit marécage qui a dû être un ancien port.
Citons enfin, au Nord Ouest du bassin d’Arcachon, entre Lège et l’Océan, dans les dunes côtières où passe le chemin de la plage du « Crohot » (« trou d’eau » en patois landais), un autre Castéra, enseveli dans les sables, mais qui communiquait avec la mer par une route. A l’époque anglaise, un château y aurait été également construit. Des matériaux provenant de ce château ruiné auraient servi à édifier une des premières églises de Lège.
Comme on le voit, les bords de l’Eyre étaient à l’époque romaine et au moyen âge, jalonnés et défendus par des postes fortifiés, tous appelés « Castéra ».
L’étude de ces « castéra » permet aujourd’hui d’ajouter à leur liste une autre butte dont l’importance a pu être significative. Il existe en effet, sur la petite Leyre ou l’Eyrotte, qui passe devant Le Teich, bien avant le bourg et le château de Ruât *(qui défendait lui aussi l’ancien port au lieu-dit « La Moulette »), donc en aval et à l’Ouest de Lamothe, un petit mamelon surnommé en patois « Le Pujau » ou « Fort des Anglais », et, sur le cadastre de 1849, « la Redoute ». Il s’élève sur la rive droite de l’Eyrotte dans une boucle que forme cette ramification de la rivière avec une autre maintenant oblitérée, nommée « le Leyrot », qui remontait vers le Nord et contribuait à former un vrai delta. Cette défense naturelle, merveilleusement choisie, était complétée par un fossé circulaire, aujourd’hui marqué par une abondance de roseaux.
Ce mamelon mesure 30 mètres environ de large, avec une hauteur de 4 à 5 mètres qui tombe, au Nord, à pic dans le fossé. Au Sud, une basse-cour de même largeur rappelle la disposition du Castéra de Lamothe. Des tuiles à rebords découvertes sur les lieux autorisent à voir là un petit castéra romain. Il semblait défendre le bras méridional du delta et, sans doute, un petit port naturel que l’on appelle le « Gurp » ou « Gurt » de la Bignasse (ou Vignasse).
Sur la rive gauche de l’Eyrotte, presque en face du Pujau, existe en effet un trou remarquable, d’environ 20 mètres de long et 15 mètres de large. Sa profondeur, étonnante dans une région marécageuse qui se colmate facilement, était, paraît-il, il y a quelques années, de 7 à 10 mètres. M. Dauriac, ancien maire du Teich, disait avoir jadis constaté au moins 7 mètres, concédant toutefois qu’après les débordements et l’apport des boues de la Cellulose du Pin (qui déversa longtemps ses eaux-vannes dans l’Eyre), il ne trouvait plus que 3 mètres de fond : la même profondeur que l’Eyga. Ce Gurp était le vaste estuaire, un peu resserré à chaque extrémité, d’un petit estey dit « Moun Estey ». Qu’il se soit maintenu dans sa largeur, sinon dans sa profondeur est une chose surprenante : son nom d’ailleurs dénote un fait ancien et impressionnant, puisque le mot « Gurp » veut dire gouffre. Au Teich, on dit aussi « Gurt », nom plus ancien peut-être et dérivé du latin « Gurges, gurgitis », qui signifie gouffre. Quant au mot Vignasse ou Bignasse, il rappelle sans doute d’anciennes vignes, comme La Vignotte à Audenge ou La Vigne au Cap-Ferret.
Ne serait-ce pas là le bassin d’un ancien petit port pour les pinasses de jadis, aux formes pointues, d’origine antique et mystérieuse ?
A l’appui de cette hypothèse, quelque 30 mètres à l’Ouest, en aval, sur la même rive, exactement face au « Pujau des Anglais », émerge des prés marécageux un ensemble de petits mamelons nommés « lous Pujolets », les petits Pujaus ou Puys. C’est d’abord un monticule ovale de 60 mètres de long, s’élevant de 1m50 aux extrémités Est et Ouest. Un ancien fossé l’entoure, de 15 à 20 mètres de large, garni maintenant de roseaux et limité extérieurement par un reste de talus concentrique. De plus, au Nord-ouest, ce talus se prolonge et se rattache à une troisième petite éminence quadrangulaire, dont le bord nord, abrupt, domine la rive de l’Eyrotte. Ajoutons que ces trois « pujolets » sont eux-mêmes encadrés et défendus par l’estey du Gurp et un autre ruisseau ou « craste » à l’Ouest.

Cet ensemble dénote bien l’organisation d’un port avec ouvrages défensifs sur les deux rives, fermant ou surveillant son accès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Pujau, cependant, semble remonter à l’époque romaine comme les « castéra » de la région, puis avoir été réemployé par les Anglais, d’où son nom : « Pujau des Anglais ». Ceux-ci, pour renforcer sa défense, durent construire, en face, un autre bastion moins important, fait de palissades et de fossés entourant des tourelles en bois pour verrouiller plus aisément l’entrée de la petite base navale établie dans le « Gurp de la Bignasse ». Ce gouffre, dont le nom impressionnant et mystérieux a traversé les siècles, semble bien être d’origine géologique, comparable peut-être au fameux « trou de Saint-Yves », qui se trouve au pied des villas d’Arcachon, à l’Est de la Croix des Marins et de la Jetée de Notre-Dame.
* N. B. Le château de Ruat, au Teich, était lui-même défendu par une Redoute, au Nord, sur le bord de l’Eyre (cf. vieux plan, XVIIIe siècle, conservé à la Bibliothèque du Muséum d’Arcachon).

Source : Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch